Françoise Zannier - Docteur en Psychologie - Psychologue Psychothérapeute Coach Superviseur - Paris 12 - Gare de Lyon - Tél. 09 81 62 89 40 - contact@psychologue--paris.fr

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Du Scientisme
en Psychologie et Psychanalyse

"le jeu de la vérité et de l'erreur ne se joue pas seulement dans la vérification empirique et la cohérence logique des théories
mais aussi en profondeur dans la zone invisible des paradigmes" E. Morin.



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On assiste depuis plusieurs années à une montée en puissance des tenants des sciences expérimentales pour lesquels toute science, pour mériter le nom de science, doit se soumettre aux critères des sciences naturelles ou physiques et des mathématiques.
Les principes de reproductibilité des expériences et de réfutabilité des hypothèses définis par Karl Popper, notamment, sont souvent mis en avant pour tenter d'imposer une vision de la science hégémonique, et in fine irrationnelle.
Tout se passe en effet "comme si" en psychologie notamment, on avait affaire à des objets (anxiété, optimisme, etc...)(1) ayant des propriétés toujours identiques, à l'instar des objets de la physique classique (par ex. le fer a pour formule chimique unique fe), objets dont on peut mesurer objectivement l'état physique (masse, longueur, largeur, hauteur, etc...) ainsi que ses variations le cas échéant.
En d'autres termes, depuis qu' avec des significations on a construit des objets (G.G. Granger) comptables et mesurables, faisant fi des rapports entre signifiants et signifiés, la psychologie expérimentale prend sa revanche sur la psychologie clinique qui l'a pendant longtemps détrônée, ceci principalement grâce aux apports de la psychanalyse.

Autrement dit, sur fond de luttes des places et d'intérêts se jouant à tous les niveaux de la vie sociale et professionnelle (voir les théories du darwinisme social notamment), les chiffres et les statistiques sont devenus représentatifs de la connaissance scientifique de manière quasi-exclusive dans les milieux académiques, ceux-ci confondant délibérément ou non les moyens que se donnent certaines sciences avec " La Science " elle-même, érigée en idole ou en totem, en quelque sorte.

Quoi de plus simple et évident en effet - en apparence tout au moins - que de compter ou mesurer "tout et n'importe quoi", afin d'évaluer les rapports de valeur entre les faits ou entre les choses - que celles-ci soient objectives ou subjectives - ceci quitte à vider la subjectivité de son sens, et à en faire un objet inerte en quelque sorte ?

Dans ce contexte quasi-abracadabrant, les démarches qualitatives propres aux sciences humaines, se voient souvent sommées d'adopter des critères quantitatifs
(méthodologies expérimentales et semi-expérimentales), ceci sous peine d'être disqualifiées et exclues du champ scientifique, rien de moins.

La dictature du chiffre et des protocoles expérimentaux prétend mettre la qualité sous contrôle, ceci par laminage systématique des aspects qualitatifs et singuliers du travail, de son grain fin, comme si un ouvrage d'artisan ou d'orfèvre pouvait être effectué en usine, en quelque sorte.
Ainsi, dans nos disciplines, des usines du savoir comme le CNRS et l'INSERM notamment, ont pour credo des études où des protocoles et des chiffres déshumanisants tiennent lieu de seules et uniques preuves de scientificité.
Le rapport INSERM de 2004 (Psychothérapie - 3 approches évaluées) est exemplaire de cette vision de la science où¹ "au lieu de penser, on préfère compter" : mesurer la souffrance psychique, voilà ce qui est scientifique et valide pour évaluer les méthodes utilisées.

Tout se passe donc comme si la frontière entre sciences exactes (dures ou exactes) et sciences humaines (molles ou morales) pouvait et devait être effacée, la méthodologie expérimentale, comptable et gestionnaire, ayant envahi puis colonisé le champ de nombreuses UFR de Psychologie, en particulier.
Mesurer le niveau d'anxiété des patients, par exemple, telle est soi-disant la seule manière de travailler scientifiquement. Construire des échelles contenant des chiffres ou des graduations : ça c'est du sérieux... et tant pis si c'est le sens de cette anxiété qui est le plus important, car le sens ça n'intéresse pas les biologistes et les gestionnaires, ce qui les intéresse, eux, c'est ce qu'on peut compter.
A partir de besoins de quantification exprimés par la psychopharmacologie, la recherche biologique, les compagnies d'assurance, les administrations, les économistes, s'est développée la nécessité d'évaluer le psychisme dans ses diverses composantes comme dans ses traitements (E. Zarifian), tout ceci jusqu'au point de réduire la Science à cette nécessité.

Rappelons ici que les statistiques ont été développées par les Etats pour gérer leurs ressources.
Cela étant, un des effets spectaculaires de leur utilisation massive est l' abolition des singularités - autrement dit, vous et moi n'existons plus que comme appartenant à une catégorie statistique réduite à des composantes simples et à des moyennes - mais encore la généralisation de la politique du chiffre au détriment des lettres (du quantitatif au détriment du qualitatif) tout ceci aboutissant à une véritable acculturation, autrement dit à un résultat inverse de celui recherché.
Autant dire que c'est une négation de la psychologie clinique qui se joue là  , celle-ci étant essentiellement une science du singulier, nous apprenant qu' un sujet a et est d'abord et avant tout une histoire singulière précisément, ceci venant en pleine contradiction avec les objets et mesures évoqués.

Comme le disait fort justement le Professeur Zarifian, en psychologie, on a aligné le sentiment d'anxiété sur celui de la fièvre et on a fabriqué le psychomètre sur le modèle du thermomètre.
Autrement dit, on fait "comme si" on pouvait mesurer l'anxiété, et ensuite on prétend - explicitement ou implicitement - qu'elle se mesure bien puisque qu'on la mesure, tout cela sans prendre conscience de la tautologie en question, dont on prétendra par exemple que ce n'est pas le sujet du problème (sic).
On en arrive ainsi à prendre les conventions et les modèles pour la réalité, et enfin les mesures pour ce qu'il est question d'étudier (P.H. Keller).
En d'autres termes, on ne se soucie pas du sens mais de la "quantité" d'anxiété évaluée à un moment T, afin de la corréler à un dosage médicamenteux, notamment par exemple.
De même, on ne se soucie pas des variations entre les évaluateurs et chez chacun d'entre eux, générant d'inévitables variations dans les évaluations - mais là encore on fait "comme si" une objectivité ou une neutralité était possible.

Les liens étroits et nombreux entre psychopathologie et psychiatrie, sont la principale raison pour laquelle les méthodes quantitatives de la recherche médicale sur les médicaments ont envahi le champ de la psychologie clinique, ceci alors même que la psychopathologie est loin d'être une discipline exclusivement médicale, comme le montrent toutes les théories psychologiques, y compris la psychanalyse.
La distinction entre pathologies mentales (ayant des causes organiques identifiées) et pathologies psychiques (sans causes organiques identifiées) en particulier, est souvent loin d'être connue et reconnue par tous.

L'intérêt et le fantasme des laboratoires pharmaceutiques, notamment, est de croire et de faire croire que des molécules chimiques peuvent guérir l'anxiété pour reprendre notre exemple. Autrement dit, avec l'idéologie scientiste de "la panne dans le moteur" (E. Roudinesco), si vous ê tes anxieux, c'est qu'il y a un dysfonctionnement quelque part dans votre cerveau.

On laisse croire ainsi que les causes de tous les problèmes psychologiques s'expliquent par la biologie, et que par conséquent, la clé de ces problèmes est de cette nature.
L'invention de la "psychologie médicale" n'est pas banale de ce point de vue, de tels néologismes aggravant les confusions existantes, au lieu d'apporter des clarifications.
De là aussi la croyance dans les "pilules-miracles", les surprescriptions et la surconsommation qui s'en suivent, mais aussi souvent, la nécessité de discréditer par tous les moyens les autres approches ou modèles explicatifs de l'anxiété.

Or en vérité, si certaines pilules diminuent ou calment l'anxiété, en gommant ses symptômes, elles ne règlent très souvent en rien les causes psychologiques intérieures et extérieures de celle-ci.
En d'autres termes, qu'on le veuille ou non et qu'on le sache ou non, "la réalité psychique est une forme d'existence particulière qu'il ne faut pas confondre avec la réalité matérielle" (S Freud).
Plus concrètement, quand un individu a des croyances fausses ou inappropriées, par exemple, ce ne sont pas des pilules qui peuvent régler ce problème - pas plus que la relaxation, le yoga ou d'autres techniques psychocorporelles.
De même, quand un individu a des mécanismes de défense inadaptés (clivage, déni, projection, etc...), ce ne sont pas non plus des produits chimiques ou des approches corporelles, qui peuvent les faire disparaitre, ou leur substituer des mécanismes appropriés.
De même encore, quand un individu vit dans un environnement social stressant, dénigrant ou aliénant (qu'il s'agisse de la famille, l'école ou l'entreprise notamment), aucune pilule ni aucune méthode n'agissant que sur lui ne peut régler le problème lié au contexte dans lequel il vit - et on peut seulement l'aider à le supporter, à le modifier ou à en changer, dans la mesure du possible.
C'est pourquoi des interventions psychologiques individuelles et de groupe existent, dans lesquelles on fait appel à la systémique, la psychanalyse, l'ethnopsychanalyse, et/ou la psychologie cognitive suivant les cas.

Tout cela étant, les attaques féroces portées contre la psychanalyse en particulier, tous ces derniers temps, sont symptomatiques des rapports de forces évoqués au sein des milieux scientifiques et des disciplines entre elles, quand il ne s'agit pas de simples moyens utilisés par certains afin d'attirer l'attention en faisant sensation, exactement comme dans la "presse people" où tout est bon pour se faire remarquer et pour vendre, y compris des moyens consistant à exciter les instincts humains primaires voire barbares (pulsions épistémologique et scopique, agressivité, pulsion de mort, etc...).

Ainsi, s'en prendre à Freud comme à tout autre personnage célèbre, est devenu un "platane", et surtout un filon de choix pour des auteurs avides de notoriété, sans scrupules et peu enclins à faire dans les nuances, mais voulant avant tout faire un scoop.
De nombreux auteurs s'en prennent en effet à cette science et à Freud en particulier avec un acharnement et un aveuglement invraisemblables.
Comme si la Psychanalyse se résumait à Freud, et comme si tous ceux pour qui Freud est une référence importante étaient des imbéciles n'ayant rien compris à la psychologie.
Pour leur répondre, rappelons donc ici les propos de Jacques Lacan : "La psychanalyse est un remède contre l'ignorance, elle est sans effet sur la connerie".

On voit en effet des philosophes et autres "consultants de tout poil", attaquer violemment tel ou tel fait, tel ou tel propos de Freud, aux seules fins de discréditer la Psychanalyse, ou de participer à l'entreprise de destruction celle-ci, tout cela sans se rendre compte que jeter le bébé avec l'eau du bain n'a jamais constitué une solution à des problèmes qui pour réels qu'ils soient parfois, ne doivent pas servir de prétexte à condamner la psychanalyse irrévocablement et sans discernement, comme c'est invariablement le cas dans l'entreprise en question.

Les raisonnements en tout ou rien de cette entreprise de destruction, ont en effet ceci d'insupportable que sont méconnus, rejetés ou disqualifiés d'emblée ou en même temps, tous les apports de la Psychanalyse, qui n'est pas seulement l'œuvre de Freud, soulignons-le, mais encore et surtout un paradigme scientifique, celui du psychisme pour ne pas le nommer, et aussi une institution, au travers des nombreuses sociétés psychanalytiques et des innombrables professionnels et particuliers se référant à cette science, que cela plaise ou non à ses nombreux adversaires et détracteurs.

La confusion fréquemment effectuée entre les théories psychanalytiques et certaines pratiques psychanalytiques, notamment, en dit long sur le niveau de discussion où se situent souvent "les pourfendeurs de la Psychanalyse".

Enfin, au delà de cette méconnaissance, l'illusion grandiose de faire apparaitre la psychanalyse comme une imposture est un fantasme de personnes sans réelle qualification ni honnêteté intellectuelle, qui ne connaissent souvent que très mal la psychanalyse et la psychologie, bref les sciences humaines et les sciences tout court, ou n'en retiennent que ce qui sert leur objectif irréfléchi et insensé de destruction.

Françoise Zannier

Notes :
(1) on mesure votre "niveau" d'anxiété, stress, etc..., toutes choses réduites à des aspects quantitatifs, comme s'il s'agissait d'états physiques observables.

Références :
- Les cécités de la connaissance : l'erreur et l'illusion - Edgar Morin
- Nous assistons à une escalade de l'obscurantisme - Entretien avec Pierre Legendre
- L'anti-livre noir de la psychanalyse Jacques Alain Miller et autres auteurs

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